TOUT PEUT SOMBRER BRUTALEMENT…

Jean-Luc Marteau qui partageait ce blog avec moi s’est éteint brutalement il y a maintenant une dizaine de jours. Quels commentaires pourrais je rajouter à ma sidération, à ma peine, à nos sidérations, à nos peines ? Jean Luc et moi-même nous étions trouvés sur le même « méridien culturel ». Les auteurs qu’il aimait lire sont ceux que j’affectionne également et nous partagions le plaisir de parcourir essais et biographies mais surtout d’en débattre lors des déjeuners qui nous réunissaient parfois à Auxerre. La vie politique et son vernis mou ne suscitait plus pour lui d’intérêt intellectuel et c’est lui qui avait initié ce blog pensant à juste titre que la vie démocratique trouverait son épanouissement ou du moins un enracinement plus large au travers de la toile. Cette complicité émulatrice autant que créative et joyeuse n’est plus et c’est avec beaucoup de tristesse que je mets fin à ce blog pourtant bien jeune ! Mes pensées si tristes vont à son épouse, à ses enfants et à toute sa famille.

Jean François Chabolle

La démocratie de proximité et ses nouveaux canaux

La démocratie de proximité et ses nouveaux canaux : révolution internet et participation citoyenne

 

Démocratie de proximité

 

Il en va de la démocratie de proximité comme des commerces utilisant le même qualificatif, tout le monde les réclame mais personne ne se soucie réellement de les faire vivre.

Si le principe de la démocratie de proximité a été réaffirmé ces dernières années au travers de lois récentes, la réalité du terrain est tout autre et cette dichotomie entre les mots et les actes, entre la politique et la réalité du terrain semble être une constante française.

L’un de mes professeurs de droit public à l’Institut Catholique de Paris, Alain de Lacoste-Lareymondie, disait déjà au début des années 70 que les français jouaient à la Démocratie pour y tricher.

Pour quelque peu exagéré que soit le mot, il n’est pas totalement dénué de fondement.

Pierre Rosanvallon, professeur au collège de France, définissait les principes qui doivent régir la démocratie de proximité et notamment le fait qu’avec un impératif comme celui de la transparence des institutions publiques, il y a «… un appel à construction d’une démocratie en réseau, ou encore la référence à la notion de gouvernement ouvert… nous mettrons trois [principes] en avant : la lisibilité, la responsabilité et la réactivité. [Ces règles] forment rassemblées, les principes d’une démocratie d’exercice comme bon gouvernement et … dessinent les contours d’une démocratie d’appropriation ». Le bon gouvernement, Pierre Rosanvallon, Seuil 2015

Aujourd’hui, nombre de chercheurs et de sociologues qui analysent notre société considèrent que les formes de représentativité traditionnelles à travers ce que l’on pourrait appeler les corps constitués, partis politiques, syndicats, représentants élus… sont en passe de devenir peu à peu obsolètes au profit d’autres formes de légitimité.

Le Web et Internet ont fait exploser les cadres traditionnels de la démocratie.

Dominique Cardon, chercheur au Centre d’études des mouvements sociaux, notait dans son ouvrage sur la démocratie et Internet : « Il reste que, à l’heure numérique, la démocratie a changé de visage. Internet… élargit formidablement l’espace public et transforme la nature même de la démocratie… Internet ouvre grand les portes d’un univers qui s’était enfermé dans un dialogue entre des journalistes encartés et des professionnels de la politique… l’apparition des amateurs sur la scène publique étend considérablement le périmètre du débat démocratique. La parole publique ne reste plus sans réponse dans une posture d’autorité… Elle peut désormais être commentée, critiquée… par un grand nombre de personnes autrefois jugées inaptes. » La démocratie Internet, Dominique Cardon, Seuil 2010

De nouvelles populations s’imposent désormais peu à peu dans l’espace public, journalistes indépendants d’investigation, intervention d’experts et de spécialistes dans un débat spécifique, militants rassemblés autour d’un enjeu, et surtout dans le cadre de la démocratie de proximité, les commentaires de l’actualité de la commune ou du territoire de référence par de simples citoyens, ou la contre information locale assurée par les habitants, ce que l’on appelle la « Blogosphère citoyenne » qui s’installe doucement dans le paysage politique.

Les détenteurs historiques de l’information, journalistes professionnels, grandes entreprises et surtout partis politiques investissent désormais la Blogosphère afin de faire entendre leurs voix face à celle des internautes qui ne leur est pas souvent favorable. Il n’est plus aujourd’hui un parti politique ou un candidat aux plus hautes fonctions qui n’ait pas une équipé dédiée à son marketing sur des plateformes comme Facebook, Twitter, Instagram ou Snapchat…

Ainsi que le prophétisait le philosophe Gilles Deleuze dans les années 1970 prolongeant les thèses de Michel Foucault, nous sommes en train de muter d’une société disciplinaire à une société de contrôle ou chaque citoyen peut à son niveau peser sur les décisions des gouvernants.

Il ne s’agit pas, comme cela a été parfois tenté de rattacher les communautés d’internet aux anciennes structures. Dominique Cardon notait que les communautés de l’Internet sont électives, «… elles ne ressemblent en rien à l’image villageoise ou tribale que certains cherchent à réanimer en usant du vocable communautaire, afin de donner un supplément d’âme ou un enracinement territorial aux collectifs numériques. » La démocratie Internet, Dominique Cardon, Seuil 2010

La démocratie coopérative passe par un développement des données dites ouvertes, particulièrement celles qui sont publiques et que les administrations et les élus peinent encore à mettre à la disposition des internautes, mais aussi par la mise en œuvre de logiciel pertinent d’analyse de ces données.

En France, dans la lignée des anglo-saxons, le site www.nos-deputes.fr permet à partir des données mises en ligne par l’Assemblée Nationale de suivre l’activité de son député. Il existe également pour les sénateurs avec www.nos-senateurs.fr

Notons que les élus ou les candidats à des élections qui ont su animer un blog et créer un lien conversationnel avec des blogueurs adversaires ou amis ont obtenu une visibilité qui a échappé aux autres. L’un de nos sénateurs, Jean-Baptiste Lemoyne est actif sur les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter, et Henri de Raincourt communique volontiers via Twitter.

Notre députée Marie-Louise Fort est également présente sur Facebook et anime son site municipal où l’on peut suivre ses activités.

Partageons avec Dominique Cardon cette conclusion : « Internet est un instrument de lutte contre l’infantilisation des citoyens dans un régime qui est censé leur confier le pouvoir. En ce sens, le Web incarne l’avenir de la démocratie. » La démocratie Internet, Dominique Cardon, Seuil 2010

Dans nos communes, la démocratie de proximité, ce sont aussi des citoyens engagés dans leur territoire qui souhaitent faire entendre leur voix, si possible en collaboration avec la municipalité ou qui souhaitent proposer des solutions alternatives à celles souhaitées par les élus en place pour la durée d’un mandat.

Il en va ainsi sur notre territoire du Groupe de réflexion sur l’avenir de Lixy (GRAL) créé il y a huit ans par Michel Michaut, exploitant agricole et ancien Président du Crédit Agricole Champagne-Bourgogne qui compte aujourd’hui plus de 50 adhérents. L’association s’empare de toutes les questions de court et moyen terme intéressant les habitants de la commune. Il agit comme un groupe de pression visant à associer la société civile à la gestion du territoire au côté des élus et peut parfois contribuer à la dislocation d’une équipe municipale sourde à la voix des citoyens comme cela a semble-t-il été le cas à Lixy lors de la précédente mandature.

Ces réflexions nous ont incité Jean-François Chabolle et moi-même à créer modestement il y a quelques mois de cela notre site intitulé « Blogâtinais » www.blogatinais.fr et de le décliner sur Facebook afin de pouvoir informer et échanger sur le thème du Gâtinais d’hier et d’aujourd’hui. Nous vous invitons à vous y associer et à faire vivre avec nous cette démocratie participative.

Jean-Luc Marteau

PROPOSITION POUR UN DOUBLON DU VERGER DU SÉNAT À VALLERY

Il y a quelques semaines, lors de l’assemblée générale de l’AHVOL (association pour l’aménagement harmonieux des vallées de l’Orvanne et du Lunain) qui se tenait à Vallery notre sénateur Jean-Baptiste Lemoyne a annoncé l’installation d’un doublon conservatoire du verger du sénat dans une partie des jardins Renaissance de Vallery. Il a profité de l’occasion pour souhaiter que l’AHVOL soit associée au projet.

C’est incontestablement une idée intéressante puisque Mademoiselle de Sens avait déjà, au milieu du XVIII ème siècle, (avant de finir ruinée) installé un verger en lieu et place de ce qui fût à l’origine une aulnaie.

Il m’a néanmoins paru que cela soulève quelques questions d’ordre autant financier que technique.

Souhaitant m’intéresser à ce projet « tombé du ciel » j’ai contacté la responsable de ce doublon qui existe déjà dans la communauté d’agglomérations d’Alès depuis 2007. Madame Rausier m’a alors expliqué que la parcelle (environ 1,5 hectare) qui abrite les 400 arbres du sénat fait partie d’un ensemble de six hectares qui intègre un jardin ethnobotanique et un centre de documentation en pomologie qui comprend environ 80000 fiches d’espèces et une bibliothèque de 2000 ouvrages dédiés.

Deux problèmes semblent être à l’origine de la volonté de se séparer des arbres du sénat. Le terrain très calcaire, s’est avéré peu adapté au développement des arbres de fruits à pépins. D’autre part, le sénat ne fournissant que les greffons il a fallu prendre en charge l’aménagement du terrain (très couteux) et organiser, le palissage, le tuteurage, la taille, le désherbage, l’arrosage, le traitement et la surveillance avant de profiter, mais sous quelle forme ? et à quel horizon ? de retombées avantageuses pour la collectivité.

Le projet qui nécessitait l’emploi de deux personnes en quasi plein-temps est donc à Alès en voie d’abandon.

Inondation jardin vallery en 2106

Inondation du jardin de Vallery – Hiver 2016

Son implantation à Vallery, outre ces questions financières, pose d’autres problèmes. Le premier est qu’il s’agit d’un monument historique et que ce projet doit recevoir l’aval de la direction du patrimoine de Bourgogne. Le second, sans doute le plus important, réside dans le fait qu’il me paraît difficile de ne pas réfléchir à l’intégration de ce verger dans un projet de restauration et d’aménagement de l’ensemble des jardins. Comment les niveaux des deux jardins seront ils rendus « compatibles ? Comment pourra t’on restaurer et entretenir les murs et les bassins une fois le verger implanté ? Comment s’organisera le « circulatoire » général des jardins si l’accès au verger devait être limité ? La serre ne devrait elle pas être restaurée et « basculée » du côté du verger pour y trouver plus de sens ? La question de la récurrence des inondations reste d’actualité et peut poser problème. Le célèbre pépiniériste Delbard recommande sur ce sujet à ses clients de planter les arbres à pépins dans des sols bien drainés. Bien d’autres interrogations demeurent et la communauté de communes du Gâtinais en Bourgogne devra trouver pour ce lourd investissement, alors que l’institution sénatoriale ne fournit que les greffons, de vraies raisons d’espérer en terme de retombées pour ses habitants.

RIEN À VOIR AVEC NOTRE TERRITOIRE …

Moi aussi, j’ai fait un rêve ! J’ai imaginé que le tableau du Caravage « Judith et Holopherne » découvert dans un grenier Toulousain était bien de la main du maitre et que si tel était le cas et malgré son prix, 120 millions d’euros dit-on, l’état français allait l’acheter. Il faut savoir que les œuvres du Caravage sont rarissimes.

Tableau judith et holopherne du Caravage

On en dénombre un peu plus d’une soixantaine et cinq figurent dans les collections publiques Françaises. Il fut le maître réaliste et brutal du « clair-obscur ». Il est aujourd’hui le peintre ancien probablement le plus admiré et il a été très influent sur ses contemporains et sur les générations suivantes. Rembrandt, Rubens, La Tour, Le Nain, Ribera et beaucoup d’autres lui doivent une grande part de leurs notoriétés. Sa courte vie mouvementée et dissolue, il a fini assassiné sur une plage de Naples à 38 ans, tout comme son génie ont fait de lui un peintre mythique.
Acheter le tableau ou ne pas l’acheter met la France dans une situation de « to be or not to be » culturel. Laisser sortir l’oeuvre nous désignerait à la risée voire au mépris du monde et l’acheter dans le contexte économique que nous connaissons serait politiquement très mal perçu !
J’ai imaginé dans mon rêve que l’institution sénatoriale, riche de son passé de gestion budgétaire rigoureuse que l’Etat eut été bien inspiré d’imiter, utiliserait ses réserves financières excédentaires proches de 1,5 milliard d’euros pour acquérir cette oeuvre exceptionnelle.

Installée dans le palais du Luxembourg, construit par Marie de Médicis, la reine Florentine née quatre ans après le Caravage, le Sénat exposerait la toile dans son musée contigu pendant quelques mois, puis la déposerait au musée du Louvre pour le plaisir de tous et pour le rayonnement de notre pays.
Tout cela manquerait il de sens ? Consacrer une part de cette « cagnotte » parfois contestée pour acquérir une œuvre majeure ! Symboliquement associer ainsi tous les élus du pays à une opération aussi généreuse que positive en termes de communication et d’image ! Epargner le budget général du pays, en grande fragilité depuis longtemps !

Je ne veux pas me réveiller car je crois aux forces de l’esprit … et à l’initiative de quelques sénateurs éclairés qui pourraient donner vie à cette enthousiasmante aventure qui ferait du sénat un acteur majeur du mécénat culturel national venant au secours d’un état défaillant, et prouvant ainsi sa capacité à surprendre et à sortir des sentiers battus.

Jean-François Chabolle

LES JARDINS DE VALLERY : HISTOIRE D’EAU

HISTOIRE DES JARDINS DE VALLERY

jardins de vallery

Quelle injustice que d’appeler le jardin de Vallery « jardin des Condé » alors que ce fut le maréchal de Saint André qui le commandita en 1548. Sur les bases d’une forteresse du XIVème siècle aussi rébarbative qu’obsolète militairement, le favori du roi Henri II fit édifier un logis dans le goût nouveau de l’époque.

Un château dans le plus pur style Renaissance inspiré de l’Italie et du château de Fontainebleau dont le décor avait été confié plus tôt par François 1er aux plus grands artistes Italiens de l’époque.

La grande nouveauté sera la construction d’un jardin. Ce concept n’existait pas auparavant hormis quelques parterres de plantes médicinales entretenus par les congrégations religieuses.

C’est Pierre Lescot, l’architecte du Louvre et du château de Vallery qui très certainement élabora également le jardin. Un jardin caractéristique de ce goût de la renaissance, avec un  belvédère surmontant des parterres organisés de manière symétrique, de part et d’autre d’un canal alimenté par l’eau de l’Orvanne, rivière déjà détournée pour partie afin d’alimenter le bief du moulin. Le jardin de trois hectares, organisé en deux parties se situera exactement dans le talweg.

 Quelle injustice que d’appeler le jardin de Vallery « jardin des Condé » alors que ce fut le maréchal de Saint André qui le commandita en 1548. Sur les bases d’une forteresse du XIVème siècle aussi rébarbative qu’obsolète militairement, le favori du roi Henri II fit édifier un logis dans le goût nouveau de l’époque.

Un château dans le plus pur style Renaissance inspiré de l’Italie et du château de Fontainebleau dont le décor avait été confié plus tôt par François 1er aux plus grands artistes Italiens de l’époque.

La grande nouveauté sera la construction d’un jardin. Ce concept n’existait pas auparavant hormis quelques parterres de plantes médicinales entretenus par les congrégations religieuses.

C’est Pierre Lescot, l’architecte du Louvre et du château de Vallery qui très certainement élabora également le jardin. Un jardin caractéristique de ce goût de la renaissance, avec un  belvédère surmontant des parterres organisés de manière symétrique, de part et d’autre d’un canal alimenté par l’eau de l’Orvanne, rivière déjà détournée pour partie afin d’alimenter le bief du moulin. Le jardin de trois hectares, organisé en deux parties se situera exactement dans le talweg.

L’eau sera donc sa condition d’existence mais elle sera aussi sa perte…

En 1562 le maréchal de Saint André meurt à la bataille de Dreux. Le jardin est terminé et se trouve à peu près dans l’état de cette gravure tirée du célèbre ouvrage de Jacques Androuet du Cerceau : « les plus excellents bâtiments de France » publié en 1576

plan des jardins des jardins de vallery

 

Sa veuve offrira son château et son cœur au protestant Louis de Bourbon . Il fera sien le premier mais dédaignera le second. De ce jour le jardin comme le château restera la propriété des Condé jusqu’en 1747.

En 1624 une crue d’une très grande ampleur détruira une partie du village et quasiment tout le jardin. Nous savons que les pavillons furent démolis ou mis à mal, que la galerie qui les réunissait fut détruite et qu’une partie des murs en arcades disparut. Il ne reste de cette époque que les canaux, le belvédère avec son escalier, une petite partie de la base du pavillon Nord-Ouest et le mur Ouest.

De l’aulnaie, partie du jardin servant hydrauliquement le jardin d’agrément, il ne reste que les canaux.

A dater de cette crue rien ne sera jamais entrepris pour restaurer ce qui fut le premier jardin renaissance en France. Il ne connut son lustre qu’entre 1560 et 1624 soit un peu plus de 60 années.

Le grand Condé qui aurait eu la puissance financière de le restaurer préféra Chantilly pour y faire éclore ce qui sera le grand goût des » jardins à la française ».

Les pierres des pavillons et des murs seront vendues et les sols remblayés pour tenter d’éviter les inondations à répétition dont nous savons par les études archéologiques qu’elles furent nombreuses.

Cet état perdurera jusqu’à l’acquisition des jardins par le SIVOM en 1992 ; ce dernier entreprendra alors les études nécessaires à la connaissance de son passé et les restaurations de sauvegarde qui l’ont, aujourd’hui, tiré d’un naufrage certain.

 

 

Jean-François Chabolle

LES JARDINS DE VALLERY : LIEU HISTORIQUE ET CULTUREL

UN LIEU HISTORIQUE POUR UNE BELLE AVENTURE CULTURELLE

Il n’est pas inutile de rappeler ici que c’est en 1992 que le SIVOM du Gâtinais avait acquis les jardins Renaissance de Vallery et donc qu’en près d’un quart de siècle beaucoup d’eau de l’Orvanne a traversé ces jardins… mais surtout que la connaissance que nous avons de leur histoire a formidablement progressé en même temps que d’importants travaux de restauration et de consolidation ont été entrepris.

Vue des jardins de Vallery

Certes, depuis quelques années les choses ont moins progressé si ce n’est l’apport de l’électricité et de l’eau, quelques travaux d’urgence ainsi que  la réfection de la grille d’entrée côté grande rue grâce au concours de l’association des amis des jardins de Vallery et du Crédit agricole.

De plus le terrain est tondu régulièrement et on peut arguer que les lieux sont en état de veille sous la houlette des élus de la communauté de communes qui restent vigilants sur  sa gestion courante.

Il faut maintenant songer à écrire la suite… et elle doit, me semble-t-il, être écrite par un maître d’ouvrage, la communauté de communes, suffisamment convaincue du projet qu’elle veut voir élaboré pour pouvoir l’imposer à l’architecte des monuments historiques qui devra le construire.

Ce n’est pas un problème anodin ! Il est primordial que le maître d’œuvre ne se substitue pas au maître d’ouvrage au prétexte qu’il serait plus qualifié et surtout doté du pouvoir souvent et justement contesté d’être seul juge de ce qui peut se faire au regard de l’histoire de l’art.

Les exemples sont trop nombreux de monuments  dont les restaurations ont fait l’objet de critiques souvent légitimes  et je suis persuadé que dans bien des cas des catastrophes auraient pu être évitées si les maîtres d’ouvrages avaient pleinement joué leurs rôles.

Après tout, qui tient le portefeuille ? (si maigre soit il !), qui est propriétaire ? Qui entretiendra les lieux et qui décide en dernier ressort ? En face un architecte en chef des monuments historiques avec une activité libérale et le besoin impératif de faire aboutir des projets pour générer son revenu … N’avons-nous pas là les éléments pour construire des rapports équilibrés autour d’un projet d’avenir pour nos jardins ?

Pour cela il me semble que nous devons réfléchir et travailler cinq questions fondamentales profondément indissociables les unes des autres pour ce projet : Le respect du monument et de son histoire, la question hydraulique (le jardin est traversé par une dérivation partielle de l’Orvanne), l’usage que nous en attendons, l’organisation de son entretien et enfin les coûts de la restauration et de son entretien.

Depuis 1992 notre collectivité ne s’est pas trompée qui a su oser l’acquisition, réaliser les études nécessaires pour comprendre l’histoire et le fonctionnement de ce patrimoine et préserver ce qui restait de ce qui fut probablement l’un des plus beaux jardins Renaissance de France.

Loin des desseins privés, dans un débat ouvert enrichi par les expériences des uns et des autres, la réussite de ce magnifique projet passera nécessairement par une réflexion approfondie autour de ces  cinq questionnements.

Je me propose d’ici une quinzaine de jours de commencer à vous faire part de mes réflexions sur ces questions et d’évoquer des pistes pour un projet futur dont la construction appartient aux élus de notre communauté de communes.

Jean- Francois CHABOLLE

Président des Jardins de Vallery

CAHIER DE DOLEANCES DE VILLENEUVE LA DONDAGRE SOUS LA REVOLUTION

LES CAHIERS DE DOLEANCES DES PAROISSES DU GÂTINAIS EN BOURGOGNE SOUS LA REVOLUTION

CAHIER DE DOLEANCES DE VILLENEUVE LA DONDAGRE

 

Les cahiers de doléances, comme leur nom l’indique sont des recueils ou sont consignés toutes les revendications exprimées par les habitants de l’ensemble des villages de France pour être structurés par thèmes et présentés au roi dans le but d’améliorer l’état du royaume.

C’est une très ancienne pratique de la monarchie française qui remonte aux années 1350, mais les plus connus sont les cahiers de doléance qui furent établis par toutes les paroisses et les baillages de France suite à la convocation des Etats Généraux par le roi Louis XVI le 24 janvier 1789.

Cahiers de doléances

 

 Chaque ordre composant la Nation, à savoir la noblesse, le clergé et le tiers-état rédige son propre cahier de doléances. Les plus intéressants sont évidemment ceux établis par le tiers-état qui donnent une idée de l’état d’esprit qui règne à cette époque au sein du peuple de France.

Il existe trois types de cahiers de doléances, les cahiers de paroisse qui sont regroupés et structurés au niveau des cahiers de Baillage, complétés par des cahiers de corporations qui collectent les demandes spécifiques à chaque type de métier.

En dehors d’être une précieuse photographie de l’Etat du royaume de France en 1789, les cahiers de doléance donnent véritablement le coup d’envoi à la vague révolutionnaire qui mettra un terme à la royauté française.

 

qu'est ce que le tiers etat

 

Nous vous présenterons dans quatre articles à venir qui paraîtront tous les quinze jours les cahiers de doléances de plusieurs communes faisant partie de notre communauté pour terminer sur un essai de synthèse du contenu des cahiers de doléances de notre territoire.

Voici celui de la commune de Villeneuve la Dondagre qui compte onze articles rédigés sur trois pages, et fut présenté le 1er mars 1789. (source : Archives départementales de l’Yonne)

Il est mentionné dans son article 1 que les habitants désirent « … que les impositions royales soient supportés par tous les ordres … de la manière la plus juste et la moins onéreuse, tant pour l’assiette que pour la levée de l’impôt. »

 Le fameux droit de champard  qui touchait le fruit des récoltes est également « …remis en cause car considéré comme injuste », en son article 2.

L’article 3 demande « Qu’il n’y ait dans tout le royaume qu’un seul Dieu, un seul Roi et une seule loi, un seul poids et une seule mesure ».

 L’article 4 fait référence à la justice du Roy afin « … qu’il soit ordonné que toute juridiction royale (en supprimant toutes les justices seigneuriales) soit tenu de rendre la justice à tous les particuliers dans l’espace de trois mois et aux moindres frais possibles »

 L’article 5 est plus étonnant dans la mesure où il requiert « … que pour éviter les accidents qui surviennent avec la poudre à tirer et les malheurs dont le braconnage est suivi, que ladite poudre soit regardée comme marchandise prohibée et ne puisse être délivré aux parties que sur certificat du curé ».

 La requête des habitants qui ressort de l’article 6 est « …que toutes les impositions soient payées entre les mains du receveur de l’élection défini  plutôt qu’entre les mains du receveur de l’élection de Nemours… » et ce pour une simple raison pratique ».

 L’article 7 réclame « … que le rôle de la gabelle soit égal pour tout le Royaume et constitue par conséquence une denrée de première nécessité, tant pour les hommes que pour les animaux… ».

 En son article 8, les habitants demandent « …que les droits d’aide soient simplifiés pour éviter les fraudes… »

 L’article 9 souhaite « …que les droits payés pour la corvée soient distribués de manière que les chemins de l’intérieur soient réparés»

 L’article 10 demande « …que les ecclésiastiques soient chargés sur les revenus du clergé des constructions et réparations des églises, presbytères et cimetière des paroisses…».

 Le dernier article 11 réaffirment « … qu’enfin les habitants de Villeneuve le Dondagre désirent comme tout bons français que tout ce qui va être arrêté et fixé à l’Assemblé des états généraux tourne à la gloire du Roy et à la prospérité de l’état.

Du point de vue des signataires de ce texte, si le nom de Jean Lamy est aujourd’hui inconnu, celui de Louis Boyer l’est moins puisque l’on retrouve plusieurs membres de la famille Boyer au cimetière communal, la dernière étant mon arrière-grand-mère maternelle Lucile Boyer.

Jean-Luc MARTEAU

LE MECONTENTEMENT PAYSAN A L’OMBRE DU CHATEAU DES CONDE

LE MECONTENTEMENT PAYSAN A L’OMBRE DU CHATEAU DES CONDE

CAHIER DE DOLEANCES DE VALLERY EN 1789

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Nous vous avons précédemment expliqué ce que représentaient les cahiers de doléances sous la révolution et présenté celui de Villeneuve la Dondagre.

Voici celui de la commune de Vallery qui compte vingt-trois articles rédigés sur cinq pages, et qui fut présenté en mars 1789. (source : Archives départementales de l’Yonne)

Le 24 janvier 1789, le Roy adresse la lettre de convocation des représentants de la paroisse de Vallery aux Etats Généraux à J.A Chaudieu, procureur fiscal au baillage de Vallery.

C’est une missive ou le souverain exprime le « Vœu bienfaisant de Sa Majesté qui daigne porter les yeux sur la classe la plus malheureuse de ses sujets, porteur auprès du trône leurs réclamations dictées par le respect et le patriotisme… C’est au flambeau des doléances de la nation qu’un bon roi aime à s’éclairer pour répandre le bonheur dans tous les ordres de l’Etat ».

 

doléances villeneuve la dondagre

 

L’article 1 du cahier de doléances de la paroisse de Vallery réclame « la réforme de l’administration de la justice, dont le sanctuaire est inaccessible, surtout dans les campagnes… plus de simplicité dans les formes, moins de délai dans les jugements »

Il est mentionné dans son article 2 que les habitants désirent «…la réduction de moitié du prix du sel, production… de première nécessité pour la classe indigente qui ne vit que d’eau, de pain et de sel. »

L’article 3 plaide pour « …l’abrogation de la lettre de cachet attentatoire à l’état d’un peuple dont le droit naturel est d’exister librement… sous une monarchie ou le citoyen coupable doit être jugé par la loi »

« La suppression des charges, emplois… inutiles à l’Etat » est  l’objet de la requête de l’article 4.

L’article 5 demande « … le consentement de la nation pour les impôts … sur les peuples qui ne peuvent être employées que pour les vraies charges du peuple.».

Dans son article 6, le cahier argumente pour que « … l’impôt territorial indistinctement reporté sur grandes et petites propriétés… soit plus juste dans sa répartition».

L’article 7 réclame « … l’abolition des privilèges et de toute exemption d’impôt, des prérogatives du clergé et de la noblesse…dont le premier devoir est de faire pour leurs concitoyens ce qu’il convient de faire pour le bien public».

En son article 8, les habitants exigent « … l’admission du tiers-état à toutes les charges et emplois [publics]… »

L’article 9 souhaite que l’on trouve « … les moyens de diminuer les frais de la milice… coûteuses pour les provinces et qui enlèvent des bras à l’agriculture… » 

L’article 10 s’insurge contre « … la prolifération du gibier qui dévaste les champs…», ce qui a pour conséquence de ruiner l’agriculture.

L’article 11 insiste sur « … l’obligation faite à tout privilégié de payer la corvée… » qui force le malheureux à quitter son champ pour aller réparer les routes

L’article 12 dénonce « … la conservation de bonnes terres et le tort fait à la culture de terrains plantés en bois dans un territoire étroit qui fournit à peine la subsistance de ses colons… »

C’est « …la réparation des chemins de la paroisse et que chacun soit tenu d’y contribuer … »qui fournit matière à l’article 13

L’article 14 souhaite renforcer « … le pouvoir donné aux députés de la paroisse pour assurer la protection des laboureurs et gens de campagne »

C’est la défense de l’exportation de blé qui est prôné dans l’article 15 « … pour diminuer la cherté du grain et rendre la confiance aux campagnes alarmées. »

L’article 16 demande « … que le conseil d’administration de la caisse nationale pour éteindre la dette de la nation rende compte chaque année aux états généraux. »

De nouveau une question agricole avec l’article 17 qui réclame « … la conversion en argent des servitudes trop gênantes pour les cultivateurs, [notamment le droit de champart] qui interdit de ramasser la récolte tant que le seigneur n’a pas validé sa prisée. »

L’article 18 s’élève contre « … le casuel des curés [qui] est un double emploi puisqu’ils perçoivent aussi la dîme sur leur paroisse… », et sa suppression est requise.

« Les pigeons en trop grande quantité mangent les récoltes… » ; l’article 19 demande que l’on en diminue le nombre et  « savoir qui a le droit d’en avoir… »

L’article 20 demande « … la suppression des officiers de jurée priseurs vendeurs d’immeubles qui ferait un grand bien au public »

C’est une autre suppression qui est demandé par l’article 21, celle des « … documents à établir pour le recouvrement de la taille et autres impôts [qui] ferait du bien »

L’article 22 donne pouvoir aux députés nommés par le procès-verbal afin de défendre les dispositions du cahier de doléances « … pour l’avantage de l’Etat »

Enfin, le dernier article 23 demande « … que la dîme soit payée sur la base d’un fixe décidé par le Roy sur le prix de la modification de l’impôt territorial »

 

Dans notre prochain article, nous analyserons ces cahiers en les regroupant autour de thèmes majeurs avant d’essayer d’en tirer des enseignements pour notre époque.

 

 

Jean-Luc MARTEAU